CÉLINE ET LA CHANSON

 

du Grand Opéra à la chanson populaire, en passant par l’opérette, l’opéra-comique, l’opéra bouffe, la féerie et autres fredaines... - de quelques oreilles que la poétique célinienne prête aux formes chantées

 

Ed. du Lérot, 2004

       Cet essai volumineux (528 pages et 40 pages hors-texte, 4 cahiers d'illustrations, dont certaines rarissimes) est issu d'une thèse de doctorat, soutenue en 1998 à l'Université de la Sorbonne.

 

       Pour plus de précisions, on se reportera à sa Table des Matières  ainsi qu'à l'entretien sur le site du Petit Célinien.

 

       On trouvera ci-dessous deux textes de présentation, ainsi que des indications sur le spectacle musical auquel ce livre a donné lieu et, enfin, les deux chansons de Céline à écouter en fin de page.

 « LE BAZAR DES CHANSONS MORTES» 

       « Le grand bazar des chansons perdues. » L’expression est de Céline. Un livre vient de paraître, Céline et la chanson, qui montre que son œuvre est sous-tendu par la chanson. Chansons oubliées, comme argot disparu, moments de vie que Céline fait vibrer. La chanson est partout, de Progrès aux pamphlets, de l’épigraphe de Voyage à la bande de couverture de Rigodon, les derniers mots qu’il a écrits.

 

       Clair, fouillé, plein d’intuitions, neuf, ce livre de Michaël Ferrier s’adresse bien sûr à un public qui ne débute pas dans la célinomanie mais il devrait intéresser au-delà des spécialistes, la preuve par celui qui vous le dit (Du Lérot, 530 pages, 68 euros).

 

  Delfeil de Ton

       Le Nouvel Observateur, semaine du jeudi 3 mars 2005 - n° 2104

 

       « C'est le bazar des chansons mortes », disait Céline de la vie, dans une interview. La chanson imprègne tellement son œuvre même, qu'on peut s'étonner qu'il ait fallu attendre si tard pour voir paraître enfin un travail exhaustif sur un sujet si essentiel. « Aucun des romans [de Céline] n'en est véritablement exempt », déclare Michaël Ferrier à propos des références à la chanson, dont l'importance fut toujours, assure-t-il, négligée ou méprisée par « le snobisme intellectuel ».

 

       Ce travail, monumental, par son ampleur comme par ses vues critiques, s'attache donc à préciser « le substrat chansonnier omniprésent » chez Céline, par des analyses fouillées, complétées par de nombreuses illustrations et reproductions hautement suggestives (quatre cahiers d'illustrations en couleurs !). Il faudrait un long article pour rendre compte en détail de ce gros livre, dont l'auteur synthétise dès le départ le propos essentiel, en disant de Céline : « La chanson n'est pas pour lui un simple motif décoratif, ou une réminiscence parmi d'autres : elle est une source privilégiée d'inspiration, une force avec laquelle il faut compter, et par instants même, un idéal à rechercher. »

 

       Il y a donc chez Céline un véritable  « mythe chansonnier », qui commande en partie sa vision du monde, mais aussi son écriture. Les traces de toute cette paralittérature étaient, à vrai dire, perceptibles à un lecteur tant soit peu attentif, et ce dès l’épigraphe même du Voyage au bout de la nuit. C’est le mérite de Michaël Ferrier que d’avoir inventorié et explicité toutes les formes qu’elle prend chez Céline.

 

       Ces formes sont extrêmement variées, qui vont de Bruant, Botrel et Paul Delmet à des chanteurs comme Fragson, Polin, Mayol, Gabriello et Pizella, ou des opérettes comme Phi-Phi et Les Cloches de Corneville (curieusement, Hervé n’est jamais mentionné dans le livre : sa loufoquerie aurait cependant pu plaire à Céline ?). Des relevés statistiques montrent que la part des chansons se fait souvent plus grande avec le temps : une chanson toutes les deux pages dans Féerie I, une toutes les treize pages dans Nord, ce qui a pour effet de « déstabiliser » davantage le texte lui-même. Il en va de même dans les pamphlets, où les chansons et le folklore jouent un rôle encore plus important. Violemment opposé au jazz, Céline ne se prive pas non plus de parodier certaines chansons qu’il n’aime pas, telle La Marseillaise. Tout cela dessine un « véritable mythe national », celui d’une France dont les chansons sont un trésor lyrique et spirituel qui est en train de se perdre.

 

       On sait aussi que Céline écrivit deux chansons : À nœud coulant ! et Règlement. Une longue étude leur est consacrée dans l’ouvrage. La première est une violente chanson de matelots, un peu à la Mac Orlan ; la seconde, une chanson d’apaches, évoquant un peu, comme le montre Michaël Ferrier, l’histoire de Casque d’Or. L’auteur s’efforce également de reconstituer la « discothèque Céline » : opérettes, chansons françaises traditionnelles ou modernes, mais aussi chansons anglaises, allemandes, italiennes, russes – tout cela brassé, bien entendu, par l’imaginaire de Céline. Considérables sont les appendices du livre, qui comptent 140 pages compactes : listes des chansons, des airs lyriques, des lieux, des personnes liées à la chanson, étude déjà citée sur les deux chansons écrites par Céline, bibliographie, etc.

 

       Très documenté et précis, ce livre est d’une lecture entraînante, souvent allègre. Il nous fait surtout entrer dans le plus profond et le plus intime de l’univers de Céline, en montrant comment l’écrivain a su constamment nourrir son œuvre de ces petits refrains espiègles, rêveurs, ou même déplorablement sentimentaux. On entrevoit ainsi un des secrets de sa « petite musique » et, à cet égard, il s’agit bien d’un travail capital.

 

 

 

 

 

 

 CONCERT CÉLINE ET LA CHANSON

 

Cité de la Musique, Paris, 2013 ©Cité de la Musique

       Il est rare qu'une thèse de doctorat ou un essai théorique donnent naissance à un spectale musical.

C'est pourtant ce qui est arrivé près de dix ans après la sortie du livre, grâce à Arnaud Marzorati, qui a décidé de « mettre en concert » Céline et la chanson, à la Cité de la Musique de Paris en 2013.

 

       « J’ai surtout choisi d’illustrer par un concert un livre de Michaël Ferrier : Céline et la chanson. Et c’est grâce à ce dernier que je me suis véritablement plongé dans la thématique des chansons de Céline ; savourant toutes les citations et les références à cet univers de mélopées qui sans doute inspirèrent une large partie de la poétique de Louis-Ferdinand Destouches. »

Arnaud Marzorati (voix, concepteur du projet)

David Venitucci (accordéon Hohner fin 1950, collection Musée de la musique, accordéon Fisart 2011)

Joël Grare, percussions

 

« Considérez ce que je médite ! Marre de prose !

 chansons partout ! » 

 

Féerie pour une autre fois

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