Dany

LAFERRIÈRE

 

ダニー・ラフェリエール

Né en 1953

 

 

JE SUIS UN ÉCRIVAIN JAPONAIS 

Quand le Ferrier rencontre Laferrière,

un entretien réalisé le 8 octobre 2011, à l’Institut franco-japonais de Tokyo

       Un écrivain haïtien, vivant au Canada et écrivant en français un livre intitulé… Je suis un écrivain japonais (Grasset, 2008). En ces temps de crispation identitaire, voilà qui est singulier.

 

       Mais que vient faire le Japon dans la vie de Dany Laferrière, à quoi correspond-il dans son parcours littéraire et quelle place tient-il dans sa poétique, ce sont les questions que Michaël Ferrier, écrivain français lui-même installé à Tokyo, lui a posées à l’occasion de la traduction en japonais de son livre Tout bouge autour de moi (Grasset, 2011).

 

       Quand le Ferrier rencontre Laferrière, un entretien réalisé le 8 octobre 2011, à l’Institut franco-japonais de Tokyo.

Photo ©Pascal Ratthé

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UN RAPPORT

TRÈS INTENSE

 

ET TRÈS DISTANT

       MICHAËL FERRIER – C’est ton premier séjour au Japon. Quand et comment t’est venu ton intérêt pour ce pays ?

 

       DANY LAFERRIÈRE – Par toutes sortes de choses. D’abord les livres, mais pas seulement. Il y a aussi la peinture, les estampes, Hokusai, le cinéma… et tout ce qui se dit autour du Japon. Mais je dois le dire carrément : je ne suis pas un fan. Je ne suis pas du tout le type, on va chez lui, tout est en japonais, il conserve des choses, etc. Non, pas du tout. C’est un rapport à la fois très intense et très distant. Je ne suis pas du tout dans le rapport de se perdre : « Le Japon sinon je meurs ». Le Japon et d’autres donc…

       Mais le Japon, très fortement. À la fois sur un plan presque abstrait et, en même temps, un appel physique. J’aime l’esthétique japonaise, que je trouve dans l’architecture des maisons et toutes ces portes coulissantes. Toutes ces maisons me semblent comme un roman. J’aime aussi tous ces rituels, j’aime ce que le Japon a exporté comme images, c’est de ça que je me nourris. 

       J’ai commencé assez jeune, peut-être 13-14 ans, quand j’ai trouvé Mishima. Je crois que c’est Le Marin rejeté par la mer. J’ai donc commencé avec Mishima, dont je ne savais pas qu’il était japonais, parce qu’à cet âge, on ne s’intéresse pas aux écrivains ni aux metteurs en scène des films qu’on aime. Ce sont les personnages des livres qui nous intéressent.

M.F. – Cet intérêt pour le Japon, il apparaît très tôt dans l’œuvre.

 

D.L. – Dès le premier livre, en 1985. Dans Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer [Belfond, 1989], il y a un chapitre où j’explique que le Nègre est fini : il sera remplacé par le Japonais, parce que les jeunes Japonais sont minces comme des boîtes de maquillage, donc les femmes peuvent les garder dans leur sac ! Et cette esthétique du mince et du fluide, très moderne, très vivante, très sautillante, c’est celle de demain.

       Le Japon n’est donc pas du tout une affaire qui vient d’arriver dans ma vie. On parle de Je suis un écrivain japonais, d’Éroshima [Montréal, VLB, 1987], à cause des titres mais au fond ce n’est pas vrai : le plus japonais de mes livres, c’est L’Énigme du retour [Grasset, 2009]. D’abord le thème, l’idée de rentrer avec son père de Tokyo pour le ramener dans son village natal, ce rituel de la mort est au cœur de la culture japonaise. Et, derrière les mots, il y a en filigrane la figure de Bashô : on le voit dans son style, le dépouillement. Il y a Mishima aussi, dans son obsession d’Occident, parce que dans L’Énigme du retour, on retrouve les grands thèmes de la mythologie occidentale, que ce soit la mère qui attend – c’est Pénélope bien sûr – ou le fils qui rentre avec le père : on voit très bien que c’est Énée qui porte Anchise sur son dos pour rentrer au village, parce que le vieux père ne peut plus marcher. Cette attitude d’utiliser des mythes classiques de l’Occident pour essayer de décrire sa société, Mishima l’a fait avec Le Marin rejeté par la mer. L’Énigme du retour, je crois que c’est un livre très japonais.

« Le plus japonais

de tous mes livres,

 

c'est L'Enigme du

 

retour »

Edition japonaise de L'Enigme du retour,

trad. Ogura Kazuko, Fujiwara-shoten, 2011

「帰還の謎 」小倉 和子 (翻訳)

藤原書店、2011年

M.F. – Cette manière de se positionner en refusant les étiquettes (y compris la japonaise donc) est aussi stratégique : dire « Je suis un écrivain japonais », était-ce aussi une façon de dire « Je ne suis pas un écrivain caribéen » ? Y avait-il un rapport avec les réflexions de Glissant sur la créolisation ?

 

D.L. – Oui, en arrière-plan… Je trouve plus intéressant de dire « Je suis » que « Je ne suis pas ». Mais en arrière-plan, c’est peut-être la pulsion première. Je voulais faire un petit essai pour faire le point sur la question de la créolité, le rapport au lieu. Je n’ai quand même pas oublié ce que disait Glissant, qui est fort juste : « Le lieu est incontournable ». Vous êtes né là, vous êtes né là ! Mais je voulais savoir ce que ça vaut. Et comme je ne peux pas écrire un essai, je ne peux pas prendre de distance avec mon émotion, j’ai fini par faire quelque chose de mitigé entre la fiction et la réflexion. Et j’ai laissé tomber complètement l’histoire de créolité pour rentrer dans quelque chose de plus universel, qui est dit dans la dédicace : « à n’importe qui qui voudrait être quelqu’un d’autre ». Je crois que c’est plus universel que toute autre réflexion.

COUPER, MONTER,

 

MÉLANGER

M.F. – Tes livres sont souvent catalogués comme des romans, mais d’un genre un peu particulier. Ils me font souvent penser au zuihitsu. C’est un genre japonais médiéval qui arrive à mélanger du romanesque, du récit, du reportage parfois, de la chronique un peu politique, de l’épistolaire, de la description aussi, des tableaux ou des tableautins, de la poésie enfin. Les grands praticiens de cette petite forme sont d’ailleurs deux écrivains que tu cites dans tes livres : Murasaki Shikibu et Sei Shônagon.

 

D.L. – Ah, j’aime ça !

 

M.F. – Il me semble que ce principe de composition, tu le retrouves à ta manière.

 

D.L. – J’aime ça, les mélanges. Le vrai moteur de cela, c’est que je m’ennuie facilement. Je ne peux pas entrer dans un récit de A à Z, même si je salue les très grands récits qui le font. Moi-même, je ne peux pas le faire : il me faut couper, monter et mélanger. J’aime bien mettre les morceaux qui ne se ressemblent pas et puis quand même, à un moment donné – même pour moi-même – le fond de l’affaire se révèle, brusquement. C’est d’abord une sorte de supposition, comme si j’essayais un peu les choses et puis brusquement, on a une saisie de l’affaire. Dans le récit linéaire, c’est la suite des choses qui révèle, jusqu’à la conclusion, tandis que là, c’est par plaques. Les morceaux se mettent l’un à côté de l’autre – et puis brusquement, on a un éclat, un chaos, un roman.

 

       Oui, j’aime bien ce genre, ces journaux où l’on met tout. Moi, je me laisse à l’intérieur de mes livres jusqu’à ce que les choses que j’y ai mises m’échappent à moi-même. J’écris vraiment dans une sorte de transe, je le sens au moment où je le fais mais après, quand je prends du recul, je n’arrive plus à saisir les choses mais je sais très bien que de tout ce que j’ai mis là, rien n’a été mis au hasard. Ce n’est pas forcément une architecture, une réflexion pensée, mais tout a été mis, que ce soit par l’émotion ou par la réflexion, avec une raison.

 

       Mon principe d’écriture, depuis que je suis enfant, c’est : la Terre qui tourne autour du soleil tout en tournant sur elle-même. J’ai toujours été fasciné par ce mouvement total. Et c’est comme ça que j’aime écrire aussi : je crée une histoire où il y a une révolution de quelque sorte que ce soit – cette première partie-là est très facile à faire, parce que c’est une courbe totale – et à l’intérieur, je crée un deuxième mouvement de difficulté, où il y a du mouvement à l’intérieur du mouvement. C’est très clair : je suis obsédé par le mouvement et l’immobilité. Et dans tous mes livres : dans L’Odeur du café [Montréal, VLB, 1991], Da est assise sur la galerie et toute la ville tourne autour d’elle. Dans Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer, Bouba est toujours fixé sur le divan tandis que l’autre circule dans la ville…

M.F. – Dans Éroshima aussi, la première phrase : « Quoi qu’il arrive, je ne bougerai pas du lit. »

 

D.L. – Exactement. Toujours l’immobilité qui crée la vitesse.

« J'aime ça, les mélanges.

Les morceaux se mettent l'un à côté de l'autre - et puis brusquement, on a un éclat, un chaos, un roman. »

Editions canadienne et japonaise d'Eroshima,

trad. David Homel, Coach House Pr, 1992

et Tachibana Hidehiro, Fujiwarashoten, 2018 「エロシマ」立花 英裕 (翻訳)

藤原書店、2018年

CLASSIQUES JAPONAIS

M.F. – Tu as parlé de Mishima et de Bashô. Y a-t-il d’autres grandes figures de la littérature japonaise qui t’intéressent et te stimulent ?

 

D.L. – Oh oui !

 

M.F. – En ce moment par exemple, qu’est-ce que tu lis ?

 

D.L. – Takuboku. Je le lis beaucoup.

 

M.F. – Takuboku Ishikawa, Ichiaku no suna, « Une poignée de sable » ?

 

D.L. – Oui, qui est traduit par Ceux que l’on oublie difficilement. Et puis Fumées. J’aime beaucoup : il apporte quelque chose de neuf.

 

M.F. – Et Kanashiki gangu ? « Jouets tristes »…

 

D.L. – Ah ça, c’est un des plus beaux recueils : le jouet triste, c’est comme ça que Takuboku appelle la création. Mais dans la traduction en France, on n’a pas pris les mêmes textes, ils ont fait des mélanges (les éditions Arfuyen ont publié en bilingue japonais-français trois parties du recueil Une poignée de sable (1910) : Ceux que l'on oublie difficilement, 1979, Fumées, 1989, L'Amour de moi, 2003). Takuboku a introduit le « je » dans le paysage. Son personnage, enfin son être est toujours très présent, il est nommé, on le voit, ça c’est nouveau. Moi, ça m’émeut beaucoup. Et puis Issa Kobayashi… Grand poète. Oui, Issa au grand cœur. Et puis naturellement, pour moi le meilleur après Bashô, c’est Tanizaki. Pas quand il est un peu traditionnel : j’aime plutôt Journal d’un vieux fouConfession impudique, qui sont des livres où il décrit Tokyo comme personne.

Dany Laferrière et Ishikawa Takuboku  - ダニー・ラフェリエール / 石川 啄木

M.F. – Tu as à ta disposition une palette d’humours variés, ce qui tranche avec l’esprit de sérieux que l’on trouve souvent dans la littérature contemporaine. Trouves-tu dans ce domaine également une partie de tes effets dans la littérature japonaise ?

D.L. – Mishima ne rigole pas, il a un rire sec. Même Tanizaki, qui est vif. Parce qu’il y a une différence : les gens qui sont vifs, parfois on les croit drôles. Mais Tanizaki n’est pas très drôle. Peut-être la satire, quelque chose comme ça, qui n’est pas de la drôlerie. C’est-à-dire qu’il y a visiblement une absence de gaieté.

       Il y a une joie par exemple chez Bashô. C’est une joie profonde. On voit bien que dès qu’il a pris la décision de se lever et de partir, cet homme s’est débarrassé de tout : c’est une joie profonde, parce que métaphysique. Mais ce n’est pas cette petite chose qui nous aide à survivre et que l’on appelle l’humour, qui permet une distance. C’est quelque chose de plus grave chez Bashô. C’est de la joie, ce n’est pas vraiment de l’humour. Je ne connais pas trop – d’ailleurs, ça me ferait peur, un écrivain japonais qui ferait rire – je ne connais pas trop d’écrivains japonais qui soient vraiment drôles. Moi, je ne cherche pas à faire rire non plus, je ne cherche jamais à être drôle, ça ne m’intéresse pas, c’est mon esprit qui est comme ça, je vois les choses un peu à côté.

« Il y a une joie par exemple chez Bashô. C'est une joie profonde.

 On voit bien que dès qu'il a pris la décision de se lever et de partir, cet homme s'est débarrassé de tout. »

Buson, La Sente étroite du Bout-du-Monde  ©Musée des beaux-arts Itsuō

与謝蕪村「奥の細道画巻」©逸翁美術館所蔵

ÉCRIVAINS JAPONAIS

 

CONTEMPORAINS

M.F. – Bashô, Issa, Tanizaki, Mishima… Tes références sont très classiques. Tu ne lis pas beaucoup d’écrivains japonais contemporains ?

 

D.L. – Très peu. J’avais lu il y a longtemps Murakami Ryû, Bleu presque transparent [1976, Picquier, 1999], que j’avais beaucoup aimé, et puis les autres livres : j’avais vite compris qu’il avait tout dit dans Bleu presque transparent sur les choses effroyables, innommables et difficilement perceptibles qui l’inquiétaient. Il m’avait fait penser à Kawabata, qui s’était suicidé parce qu’il sentait qu’il y a quelque chose de très étrange qui s’annonce. Donc ce livre, Bleu presque transparent, qui était vraiment comme une lame de couteau : vite poli, avec du bleu léger, bleu presque transparent. Mais je ne lis pas trop les écrivains contemporains.

 

       J’avais lu une jeune femme qui avait écrit un petit roman où il y avait des Américains noirs sur une base… C’était intéressant, j’avais bien aimé.

 

M.F. – Yamada Eimi ? Amère volupté [1985, Picquier, 1994]. Une Japonaise et sa relation sexuelle avec un GI noir… Grand succès de scandale au Japon.

 

D.L. – C’est ça ! Je me souviens, quand j’avais vu une recension dans les journaux au Québec, j’étais vite sorti l’acheter, parce que ça m’avait semblé la version femme de Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer. Elle aurait pu l’appeler comme ça d’ailleurs ! Il y avait quelque chose de très spontané, de très direct. Et puis après elle en a fait d’autres, mais je n’aime pas les gens qui se spécialisent dans les affaires érotiques, ou n’importe quelle autre affaire d’ailleurs. Mais j’avais trouvé ça très amusant.

村上龍

「限りなく透明に近いブルー」1976年, Picquier, 1999

Murakami Ryû,

Bleu presque transparent,

1e édition : Kôdansha, 1976

Yamada Eimi,

Amère volupté,

1e édition, Kawade shobô, 1985

山田 詠美

「ベッドタイムアイズ」

1985年、Picquier, 1994

JAPON RÉEL

 

JAPON RÊVÉ

M.F. – Pour ton premier séjour au Japon, qu’est-ce qui t’a surpris, déçu, attendri, inquiété peut-être, par rapport au Japon que tu fréquentais de manière livresque ?

 

D.L. – Je ne cherche pas du tout à superposer le Japon des livres au Japon réel. Je cherche à additionner. Pour moi, ce sont des choses qui vont permettre des passerelles dans ma rêverie personnelle. Il y a quand même quelque chose qui n’a pas changé entre le rêve et la réalité, c’est l’extrême capacité d’accueil, qui est devenue presque un rituel, tellement les Japonais tentent de la mener à son sommet. Je ne pense pas qu’il y ait de peuple qui puisse recevoir un étranger avec autant de délicatesse, de précision. Je me suis même mis un peu en retrait pour observer cela : je ne savais pas qu’on pouvait autant ritualiser la politesse. Cette tentative honore ce pays. Quelqu’un qui voudrait devenir un professionnel de la politesse, de l’accueil aussi : ça m’a touché. Et ça, c’est exactement comme je l’avais lu dans les romans de Mishima. Il est vrai que Mishima avait un petit peu d’ironie là-dessus. Mais moi, je n’ai pas du tout d’ironie là-dessus, je prends ça comme quelque chose qui est vraiment un bienfait. Vous savez, on a fait de la gastronomie française un bienfait universel, ils l’ont dit dernièrement à l’Unesco : un héritage universel. On devrait faire de même de la capacité d’accueil du Japon, oui, mettre ça à la disposition du grand public en général.

       Au Japon, ils ont poussé la capacité d’accueil à un point… Chaque fois, je fais attention à l’endroit où on me place parce que je sais qu’il y a une raison. Des fois, c’est quelque chose à voir par la fenêtre, des fois on ne me le dira pas, et heureusement d’ailleurs, ça me permet d’imaginer… Il y a toujours une raison, et j’aime bien regarder, pour le dire très rapidement, comment les choses s’agencent, la capacité même de refaire la position des gens.

 

M.F. – Une dernière question : tu as déclaré un jour que ton cœur était à Port-au-Prince, ton corps à Miami, ton esprit à Montréal… qu’est-ce que tu vas nous laisser, ici, au Japon ?

 

D.L. – Mon âme ! J’avais dit que mon esprit est à Montréal, parce que c’est là où je publie mes livres et où je travaille. Au Japon, on peut dire que je vais laisser mon âme, parce que je me sens des fois en connivence avec une litanie de morts : Tanizaki, Bashô, Issa, Shiki, Mishima, Kawabata… et très proche d’une culture qui semble s’effacer tranquillement. Oui, l’âme !

Remerciements à Robert Lacombe, Grégoire Rochigneux et Tezuka Noriko, ainsi qu’à Tachibana Hidehiro, traducteur japonais de Dany Laferrière.

Entretien paru dans la Nouvelle Revue Française, numéro 599, Gallimard, mars 2012.

 

Dany LAFERRIÈRE    

 

©2012 by Michaël Ferrier-Dany Laferrière/Editions Gallimard

/Tokyo Time Table 2019, revu et corrigé.

« Je suis un écrivain japonais »

(Entretien avec Dany Laferrière)

 

Nouvelle Revue française,

N°599, "Du Japon",

Paris, Gallimard,

mars 2012, p. 56-64

 

©2014-2019 by Michaël Ferrier/Tokyo-La-Lézarde. All rights reserved.

 

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