Gilles MASTALSKI

De la Monarchie des Habsbourg

au Pays du Soleil Levant : 

Julian Fałat et Emil Orlik 

Gilles Mastalski

       Titulaire d'un doctorat en relations internationales

à l’Université de Marne-la-Vallée (Germanophilie et germanophobie en Tchécoslovaquie/République tchèque, 2000), qualifié à la fonction de Maître de Conférences (Etudes slaves, 2001-2005),

spécialisé sur la “Mitteleuropa”, Gilles Mastalski

est Professeur au Lycée français international de Tokyo,

et l'auteur de plusieurs articles en histoire contemporaine, histoire de l’art, ainsi qu’en géopolitique et relations internationales.

 

       Après s’être intéressé aux voyageurs de deux provinces slaves

de la double monarchie (Bohême et Galicie) au Pays du Soleil-Levant,

il se concentre désormais sur les échanges artistiques et culturels

entre les deux empires (ères Meiji et Taishō),

et à la (re)découverte du japonisme en Europe centrale et orientale.

Membre de la Société d’étude du japonisme (ジャポニスム学会) de Tokyo,

il poursuit notamment des recherches sur le courant japoniste

dans l’Empire des Habsbourg.

       Le présent texte est issu d'une conférence

donnée à l’Institut français de recherche sur le Japon

de la Maison franco-japonaise le jeudi 20 décembre 2018, à l’occasion d'une table ronde Japonismes hors frontières :

Irlande, Autriche-Hongrie, Amérique.

Le japonisme, souvent perçu comme un « dialogue franco-japonais »

ignore en réalité les frontières (Cécile Sakai)

Carte de l’Autriche-Hongrie, Puzzle pour la jeunesse

©Schloß Schönbrunn Kultur- und Betriebsges. mbH

Carte_de_l’Autriche-Hongrie,_Puzzle_pour

       Le japonisme, souvent perçu, sur les rives de la Seine et de la Sumida, comme un « dialogue franco-japonais », ignore en réalité les frontières [1]. De la fin du XIXème au début du XXème siècle, l’influence de l’art japonais s’étend à de nombreux pays, et le défunt empire austro-hongrois (1867-1918) ne fait pas exception. La monarchie des Habsbourg ayant cessé d’exister à la fin de la Première Guerre mondiale [2], le courant japoniste qui l’a traversée n’a depuis pratiquement pas été étudié en tant que tel, les artistes venant des différentes provinces ayant été considérés après coup comme autrichiens, hongrois, tchèques ou polonais [3].

       La carte ci-dessus, destinée aux enfants de la double monarchie, nous rappelle les confins et les provinces de l’Empire à la veille de la Première Guerre mondiale.

       Comme leurs homologues occidentaux, les japonistes de la monarchie danubienne n’ont, dans leur immense majorité, jamais séjourné au Pays du Soleil Levant. Il existe toutefois des exceptions. C’est le cas des deux artistes présentés ici : Julian Fałat (1853-1929) et Emil Orlik (1870-1932).

1. Julian Fałat

(1853-1929)

« Mon admiration pour le Japon et les Japonais ne connaît simplement pas de limites »

Julian Fałat (1853-1929),

Autoportret z paletą (Autoportrait à la palette),

huile sur toile, 1896, Musée national de Varsovie

       Julian Fałat est né le 30 juillet 1853 à Tuligłowy, aujourd’hui Тулиголове (Tulyholove), près de Lemberg, de nos jours Львів (Lviv), en Ukraine, à cette époque capitale de la Galicie [4].

       Julian Fałat est le premier artiste polonais, alors sujet galicien de François-Joseph Ier de Habsbourg-Lorraine, à se rendre au Japon. Fałat et son ami Edward Simmler, banquier et amateur d’art, commencent leur périple à Marseille, mettant le cap sur Ceylan via le Canal de Suez et le Golfe d’Aden. Ils font escale à Singapour, puis Hong-Kong, avant d’arriver au Japon. Ils reviennent en Europe par San Francisco, en traversant les Etats-Unis en train d’ouest en est. Ils prennent ensuite le bateau pour l’Europe, ayant ainsi fait le tour du monde.

       Son voyage au Japon, à l’âge de 32 ans, a eu une influence décisive sur son œuvre. Il exprime plus tard son enthousiasme lorsqu’il écrit ses souvenirs : « Mon admiration pour le Japon et les Japonais ne connaît simplement pas de limites » [5]. Pourtant, en 1885, Fałat est déjà un artiste confirmé, dont les paysages et les scènes de genre connaissent le succès. Sa rencontre avec l’art japonais – qui n’a « pas d’équivalent dans le monde » selon lui – et, au-delà, avec les habitants de l’archipel, font de Fałat l’un des représentants du japonisme les plus précoces dans l’art polonais et donc, en 1885, austro-hongrois.


       On ne connaît pas avec exactitude les endroits que l’artiste a visités. Parmi les documents conservés aujourd’hui au Muzeum Historyczne w Bielsku-Białej – Fałatówka w Bystrej en Pologne (Musée historique de Bielsko-Biała - Fałatówka à Bystra, dédié à Julian Fałat, annexe du Musée historique de Bielsko-Biała), il subsiste une permission du Ministère des Affaires étrangères délivrée le 19 mai 1885, l’autorisant à visiter le pays. Le motif indiqué est celui d’études artistiques. On peut imaginer que, en quittant Yokohama, Fałat, probablement accompagné par Simmler, s’est rendu à la station thermale de Miyanoshita, dans la région de Hakone, pour ensuite quitter le Tokaido et voyager par mer pour rallier Kyoto, Kobe et le lac Biwa. Il s’agit alors des points de passage « obligés », pour les touristes aussi bien japonais qu’étrangers.

Document autorisant le déplacement d'un ressortissant étranger au Japon, au nom de Julian Fałat,

sur le trajet Yokohama - Kobe - Kyoto - Lac Biwa, valable deux mois, le 19 mai 1885,

Muzeum Historyczne w Bielsku-Białej – Fałatówka w Bystrej

       On conserve plusieurs oeuvres de l’artiste exécutées pendant son voyage, en particulier deux aquarelles sur lesquelles on remarquera la présence d’accessoires japonais : l’ombrelle et les éventails uchiwa (団扇) décorés d’iris et de calligraphie.

Julian Fałat, Sur le bateau - Colombo, Ceylan, esquisse d’après nature, 1885, Musée national, Varsovie

Julian Fałat, Sur le bateau - Colombo, Ceylan, esquisse d’après nature, 1885, Musée national, Varsovie

2. Le japonisme « classique » 

 

de Fałat

Japonka (La Japonaise), d’après Julian Fałat,

dans l’hebdomadaire Tygodnik ilustrowany, 1894 (1) 113

       Julian Fałat peint lors de son séjour une œuvre intitulée Bulles de savon au Japon, aujourd’hui perdue. Cette étude de genre est probablement la seule représentation d’un cimetière japonais dans la peinture européenne.

       A son retour, il peint deux œuvres purement japonistes. Dans son aquarelle Europejska Japonka (La Japonaise européenne), exécutée à Berlin en 1893, l’artiste fait délibérément référence aux représentations de femmes en kimono, aux coiffures stylisées et tenant un éventail. Ces éléments sont très représentatifs du japonisme de la fin du XIXème siècle, souvent caractérisé par l’introduction d’accessoires japonais dans des compositions « à l’européenne ».

Julian Fałat, Bulles de savon au Japon, 1885, aquarelle sur papier,

d’après le Tygodnik Ilustrowany, 1904, ill. p. 363

Un kimono japonais figure une fois encore dans un tableau de 1910, Dziewczyna w kimonie (Jeune fille en kimono), appelée aussi Kobieta w kimonie (femme en kimono). Dans cette œuvre également, il sert simplement d’accessoire, mais est traité différemment : l’artiste utilise des couleurs vives afin de créer une subtile gradation des tons. On peut y voir l’inspiration d’un thème classique de l’estampe : les beautés féminines ou bijin-ga (美人画).

Japonka (La Japonaise), 23,9 cm x 17,7 cm, d’après Julian Fałat,

reproduction publié dans l’hebdomadaire Tygodnik ilustrowany, 1894 (1) 113. 

Julian Fałat, Dziewczyna w kimonie (Kobieta w kimonie),

Jeune fille en kimono (appelée aussi Femme en kimono)

huile sur toile collée sur du contreplaqué, 97 cm x 61,5 cm, 1910,

Musée national, Varsovie

3. Les paysages d’hiver de Fałat : intériorisation de l’esthétique japonaise ?

Julian Fałat, Z chrustem (Avec un fagot), Bystra, 1913

Utagawa Hiroshige (歌川広重, 1797-1858) 16ème vue, 15ème étape des Cinquante-trois Stations du Tōkaidō : Nuit de neige à Kambara ; yoko-ōban, 25,6 cm × 38, 3 cm ; nishiki-e ;

éditeur : Takeushi Magohachi, 1833-1834

Julian Fałat, Paysage d'hiver avec rivière, huile sur toile, 76 x 200 cm, 1907

       Mais ce qui est le plus intéressant chez l’artiste, c’est une forme d’influence plus profonde de l’art japonais, qui traverse une grande partie de son œuvre, notamment ses paysages d’hiver, qui sont parfois animés par un vol d’oies sauvages.

 

       Réalistes au premier abord, ils sont pourtant proches de l’esthétique et de la sensibilité japonaises, dans la perception et la représentation qu’elles ont de la nature. Les estampes ayant pour sujet l’hiver, imprégnées de tranquillité et de silence, souvent sans présence humaine, révèlent pour certains auteurs la dimension transcendante de celle-ci. En peignant un fragment de paysage, à la manière des maîtres de l’ukiyo-e, Fałat crée des paysages intemporels, se distinguant par une perception poétique du monde, souvent associée à la culture nippone.

Julian Fałat, Neige, huile sur carton, 1907, Musée national, Cracovie

Utagawa Hiroshige (歌川広重, 1797-1858), Soto Sakurada Benkei-bori,

Vues célèbres d'Edo (Edo meisho)

Julian Fałat, Paysage d'hiver avec rivière, huile sur toile, 76 x 200 cm, 1907

Utagawa Hiroshige (歌川広重, 1797-1858), Akabane à Shiba

Vues célèbres d'Edo (Edo meisho)

       Le thème des oies sauvages, transposé dans les paysages de Silésie, où Fałat a élu domicile à la fin de sa vie, est également à mettre au compte de son admiration pour l’art japonais, même s’il se l’approprie de manière assez personnelle. En effet, lorsqu’il choisit ce thème, l’inspiration japonaise ne se limite pas seulement au sujet, mais elle est aussi perceptible dans la composition, avec ses rythmes verticaux et la représentation en diagonale du vol des oiseaux rappelant les formations d’oies sauvages qu’on trouve chez les maîtres de l’estampe. 


       Dans ces œuvres, Fałat utilise à la perfection les espaces blancs, en résonance avec la conviction des maîtres de l’estampe, selon lesquels une surface non peinte est le meilleur moyen d’exercer un effet sur le spectateur.

Julian Fałat, Dzikie gęsi (oies sauvages), aquarelle sur papier, 43,5 x 78 cm, vers 1908,

collection du Château royal de Varsovie

Katsushika Hokusai (葛飾北斎, 1760–1849), Oies sauvages et cours d’eau, 1839,

Metropolitan Museum of Art, New York

Julian Fałat, Vol d'oies sauvages, 1909,

140 cm x 59 cm, huile sur toile

       L’utilisation du blanc, qu’on remarque dans de nombreuses oeuvres de Fałat, devient même l’un des éléments fondamentaux du style art nouveau qui s’impose à cette époque. C’est peut-être, pour l’artiste, la façon la plus profonde, car intériorisée, de faire sienne l’esthétique picturale japonaise, qui est à l’origine, dans son oeuvre, d’une remarquable série de peintures à l’huile et d’aquarelles. Cette approche est également caractéristique de la sensibilité artistique du mouvement Młoda Polska [6] (Jeune Pologne) auquel il appartient.

       La liste des oeuvres de Fałat dans lesquelles on peut discerner l’influence de l’art japonais est longue, mais c’est sans doute dans le paysage que celle-ci apparaît le mieux. Pour clore cette brève évocation de l’artiste polonais de Galicie, voici un paysage au soleil… couchant !

Utagawa Hiroshige (歌川広重),

Oies sauvages devant la Lune, 1834-39

Julian Fałat, Coucher de soleil au-dessus des marais - Osiek, 1908

Collection du Musée historique de Bielsko-Biała

4. Emil Orlik

(1870-1932)

Un Maler-Graphiker

au Japon

Emil Orlik, Autoportrait, profil droit, 

25 cm x 20 cm, pointe sèche avec roulette, 1910

       Emil Orlik est né à Prague le 21 juillet 1870, en Bohême (Königreich Böhmen - Království české), province de Cisleithanie, partie de l’Autriche-Hongrie dépendant de Vienne [7].

       Emil Orlik, veut devenir peintre dès l’enfance, comme il l’écrit plus tard dans un essai biographique [8]. Après trois semestres d’études à l’Académie des arts de Munich, il fréquente une école de gravure. Il s’initie à différentes méthodes d'impression, qui lui donnent les bases de sa formation de « Maler-Graphiker », concept qui apparaît dans la seconde moitié du XIXème siècle en France (« peintre-graveur ») pour désigner les artistes qui font leurs gravures d’après leurs propres dessins. L’intérêt de Orlik pour les aspects techniques de son art marqueront son œuvre.


       De la fin de ses études à Munich à son premier voyage au Japon, il exerce son art à Prague, Munich et Vienne. Dans la capitale du royaume de Bohême, il devient membre, en 1895, de l'association des artistes plasticiens allemands de Bohême (Verein deutscher bildender Künstler in Böhmen), où il se lie d’amitié avec Rainer Maria Rilke (1875-1926), et, à Munich, il réalise plusieurs illustrations pour la nouvelle revue Jugend (Jeunesse). En 1899, il devient membre de la Sécession viennoise (Wiener Sezession), fondée environ deux ans auparavant.
 

       Emil Orlik est très représentatif du milieu artistique et intellectuel germanophone des métropoles de la double monarchie, où l’allemand n’est pas nécessairement la langue la plus pratiquée : c’est en effet le tchèque à Prague et le polonais à Lemberg. Cependant, la langue de Goethe bénéficie d’un grand prestige : c’est celle de l’empire, même si le hongrois accède aussi à ce statut en Transleithanie [9] à partir de 1867. Tous les écrits de Orlik que nous possédons sont en allemand.

Emil Orlik, Der Japanische Maler Kano Tomonobu (Le peintre japonais Kano Tomonobu), estampe, 19.6 cm x 15.9 cm, 1901

Emil Orlik, Japanische Drucker (Imprimeur japonais), estampe, 22,5 x 17.8 cm, 1901

       Sensibilisé dès 1896 à la gravure sur bois, il approfondit sa connaissance de l’art japonais, et du japonisme, à l’occasion de ses voyages d’études en Angleterre, Ecosse, Hollande, Belgique, ainsi qu’en France en 1898. Au cours de ce périple, il rencontre James Abbott McNeill Whistler (1834-1903), pionnier du japonisme, et entre en contact, à Paris, avec le célèbre marchand d’art et collectionneur d’origine allemande Siegfried (Samuel) Bing (1838-1905) [11].

       En septembre 1899, Orlik visite une exposition d’estampes au Musée de l’Art et de l’industrie (Museum für Kunst und Industrie) de Vienne. Dans une lettre du 2 décembre 1899, il écrit qu’il pourrait se rendre au Japon à la fin du mois de février. Sur une carte du 12 février 1900, il déclare : « Salutations ! Je peux déjà sentir le Japon ». Membre de la Wiener Sezession depuis 1899, il visite plusieurs fois la VIème exposition de ce mouvement artistique. Des objets japonais de la collection d’Adolf Fischer [12] y sont alors exposés.

 

       Enthousiasmé par les estampes, Orlik veut se rendre au Japon, afin d’en percer les secrets. Parti de Vienne le 4 mars 1900, il embarque, à Gênes, en Italie, le 7 mars, sur un navire en partance pour l’Extrême-Orient et arrive au port de Yokohama le 25 avril, après un mois et demi de voyage [13]. Il élit domicile à l’hôtel Metropole [14], dans le quartier de Tsukiji. Le 15 mai 1900, il écrit de Tokyo qu’il a rendu visite à des graveurs sur bois et des imprimeurs d’estampes. Il obtient même, affirme-t-il, que « le dernier peintre de l’école Kano » lui montre sa façon de peindre, afin d’observer le plus précisément possible la manière dont les artistes travaillent au Japon [15].

 

       Ce peintre n’est autre que Kanō Tomonobu [16] : Orlik en a fait le portrait, aux côtés d’un graveur sur bois et d’un imprimeur, dans une série de trois estampes, censées représenter un « peintre japonais », un « graveur sur bois japonais » et un « imprimeur japonais ». Pourtant, Kanō Tomonobu, qui est, en effet, l’un des derniers peintres de l’école Kano – école ayant joué un rôle important dans l’histoire de l’art japonais depuis le XVème siècle –, n’est en fait l’auteur... d’aucune estampe ! Quant aux noms du graveur sur bois et de l’imprimeur, ils nous sont, à ce jour, inconnus.

Emil Orlik, Maler, Holzschneider und Drucker in Japan (Peintre, graveur et imprimeur au Japon),
trois estampes en couleurs à partir des planches originales, imprimées sous forme de triptyque, 1903

       On sait néanmoins qu’il a rendu visite, à Tokyo, à des graveurs et des imprimeurs d’estampes, qui ne travaillaient donc pas avec Motonobu. Malheureusement, les noms des maîtres auprès desquels Orlik apprend l’estampe ne sont pas mentionnés dans sa correspondance. Il est intéressant de constater que Motonobu est proche du groupe constitué autour de Ernest F. Fenollosa [17] et de Okakura Tenshin [18], qui cherchent à cette époque à faire revivre la peinture japonaise et, au-delà, les arts traditionnels.

 

       Orlik peut admirer la collection d’estampes de Fenollosa, et, dans une lettre du 22 juillet 1900, on apprend qu’il a pu étudier la collection du baron Kanda Naibu [19]. Il a pu voir, entre autres, des peintures de Ogata Korin (尾形 光琳, 1658-1716), et des estampes de Kitagawa Utamaro (喜多川 歌麿, v. 1753-1806) et Ando Hiroshige (歌川広重, 1797-1858). Le baron Kanda, angliciste et pédagogue, remet lui-même à Max Lehrs, ami et mentor de l’artiste, à Dresde, cette lettre de Orlik, alors qu’il voyage en Europe.


       Dans une des quatre cartes postales datées du 26 juillet 1900, Orlik relate comment il peut déjà parler japonais, « assez pour se faire comprendre », et exécuter de « splendides estampes ». Par une lettre du 16 septembre 1900, on apprend que Orlik prévoit de passer l’hiver à Tokyo pour travailler, précisément, l’estampe. Pendant un temps, il établit son atelier à l’hôtel Yaami, à Kyoto, où il séjourne depuis la mi-octobre. Il est heureux dans l’ancienne capitale, car on peut encore y découvrir le Japon traditionnel. Orlik est comblé à la vue de vieux palais, d’anciens temples où il est le témoin de rituels ancestraux.

Emil Orlik, Tempelgarten in Kyoto (Jardin d’un temple à Kyoto), estampe, 15,1 x 21 cm, 1901

       Il fréquente le théâtre, où il apprécie les danses Nô, et est fasciné par le célèbre danseur Sasaki Tomi. Son ex-libris personnel en témoigne.

Ex-libris personnel d'Orlik, estampe 8,7 cm x 6,3 cm, 1902

       C’est également à Kyoto qu’il rencontre le peintre et collectionneur hollandais Sigisbert Chrétien Bosch Reitz [20], adepte comme lui de l’estampe. Bosch Reitz montre à Orlik des esquisses originales pour estampes de Hokusai.

5. Orlik

et la fascination pour

le « vieux Japon »

« L'estampe repose sur la plus grande simplicité possible du principe, [mais] avec une multitude d'astuces.»

Emil Orlik, Ein Windstoß (Un coup de vent),

estampe, 33,1 cm x 23,7 cm, 1901

       Durant son premier séjour au Japon, Orlik ne s’efforce pas seulement de maîtriser l’estampe à Tokyo et à Kyoto : il veut aussi connaître le pays et son peuple. Il entreprend ainsi, en été et en automne, seul, plusieurs voyages à l’intérieur du Japon. Il visite ainsi Nikko, Hakone, Enoshima, Kyoto et Nara, mais aussi Numata, Ikaho, Aizu-Wakamatsu, Niigata, Akakura et Kamakura.

       Sa randonnée d’environ cinq semaines au cours de l’été qui le conduit à travers l’intérieur du pays vers la côte du nord-ouest – sans compagnon ni interprète – est particulièrement enrichissante d’un point de vue humain et artistique. De nombreux dessins, aquarelles, pastels et études pour des gravures en témoignent. Il veut découvrir le pays plus en profondeur pour voir ce qu’il appelle le « vieux Japon » qui n’est pas encore touché par l’industrialisation, une démarche que n’ont pas tous les japonistes européens.

Emil Orlik, Japaner bei der Rast im Gebirge

(Japonais se reposant en montagne), estampe, 25,5 x 33,7 cm, 1900

       Après ces pérégrinations, il se consacre à nouveau, à Tokyo, en décembre, à l’estampe. Il écrit à Noël que l’on doit pratiquer cette technique dans le pays qui l’a inventée, « (...) parce qu’elle repose sur la plus grande simplicité possible du principe, [mais] avec une multitude d'astuces. » [21]


       Il constitue par ailleurs sa propre collection d’estampes, tout en déplorant l'état dans lequel se trouve alors cet art, qui n'est plus, selon lui, un moyen d'expression artistique, dans la mesure où les graveurs font comme si elle n'était qu'un simple moyen de reproduction. Dans l’une des cinq cartes postales de Kyoto datées du 5 janvier 1901, il rapporte qu’il possède dans sa collection des oeuvres de Hiroshige et Utagawa Toyokuni I (1769-1825).


       En dehors des estampes, Orlik a également créé au Japon dix lithographies, représentant des scènes de rue et des vues de Tokyo. Six d’entre elles sont incorporées au recueil Aus Japan (Du Japon). Toutes ont été imprimées à l’atelier Koshiba, chacune portant un sceau (inkan) où on lit clairement  : « Japon, Koshiba, Tokyo » [22]

Emil Orlik, Kuruyama - Ruhende Rickshazieher Kuruyama

(Conducteur de rickshaw au repos à Kuruyama), lithographie, 27,1 cm x 30 cm, 1900 

Emil Orlik, Zimmerleute

(Charpentiers), lithographie, 1900 

Emil Orlik, Wasserstraße in Tokio (Canal à Tokyo), lithographie, 1900. 

       En août 1901, deux lithographies en couleur sont publiées dans la revue artistique et littéraire Myōjō, également imprimée par les ateliers Koshiba. Dans cette revue ont déjà été publiés, en octobre 1900, six ex-libris que Orlik avait apportés avec lui d’Europe. Myōjō, revue mensuelle fondée par le poète Yosano Tekkan (与謝野鉄幹, de son vrai nom Yosano Hiroshi, 1873-1935), qui paraît d’avril 1900 à novembre 1908, est alors la tribune du mouvement littéraire des romantiques de la fin du XIXème siècle, grands admirateurs de l’Europe en général et de la France en particulier [23]. Les collaborateurs de Myōjō, comme Ishii Hakutei (石井柏亭, 1882-1958), Kitahara Hakushu (北原 白秋, 1885-1942), Kinoshita Mokutaro (木下 杢太郎, 1885-1945) et Yoshii Isamu (吉井 勇, 1886-1960), forment peu de temps après le noyau de l’association Pan no kai (パンの会) [24] (1908-1912).

       Orlik expose ses œuvres, certaines apportées d'Europe et d'autres créées au Japon, à la cinquième exposition de l’association artistiqueHakuba-kai (白馬会) [25] (1896-1911), bien qu'il n'apprécie pas particulièrement l'art japonais contemporain, trop occidentalisée à ses yeux. Du reste, il ne l’évoque pas dans sa correspondance. L’association en question a été fondée par des artistes japonais de style occidental (yō-ga 洋画) comme, notamment, Kuroda Seiki (黒田 清輝, 1866-1924), Kume Keiichirō (久米 桂一郎, 1866-1934), Wada Eisaku (和田英作, 1874-1959) ou encore Nagahara Kōtarō (長原孝太郎, 1864-1930). Adolf Fischer [26] décrit à l’époque ce cercle artistique comme la version japonaise de la Sécession viennoise.

Emil Orlik, Yeddo-Bashi, Tokyo, lithographie, 1900

Emil Orlik, Das Fest der Knaben (Le Festival des enfants), lithographie, 1901

Emil Orlik, Ein Theater-Teehaus

(Un Théâtre-Salon de thé), lithographie, 1901

Ex-libris pour Max Lehrs, 1899 

British Museum

       Par ses œuvres, connues grâce à des magazines ou à des expositions, ainsi que des épreuves restées à l’atelier d’impression (en l'occurrence, l’atelier Koshiba), Orlik incite certains artistes japonais à devenir Maler-Graphiker (peintres-graveurs). Oda Kazuma (織田一麿, 1882-1959) est l’un d’entre eux. Ce qu’il écrit ne laisse pas place au doute quant à l’influence du Pragois : « Les gravures qui m’ont tout de suite inspiré ont été les lithographies de Orlik, et j'ai ensuite appris grâce aux œuvres graphiques de Fantin-Latour, Daumier et Steinlen. »

 

       Tout comme Oda pour la lithographie, d’autres peintres-graveurs, tels Yamamoto Kanae (山本 鼎, 1892-1946), ou Ishii Hakutei (石井柏亭, 1882-1958) sont, pour leur part, réceptifs à une forme d’art nouvelle pour eux, l’ex-libris, introduite au Japon par des œuvres de Orlik. En 1908, le mensuel artistique et littéraire Hōsun (方寸) annonce même qu'il veut commencer à concevoir et à imprimer des ex-libris à cause de demandes plus fréquentes [27].

Ex-libris pour pour Lilian et Hans Singer, avant 1900

British Museum 

6. Orlik :

Retour en Europe

et défense de l'art japonais

Le « Prédicateur de la gravure sur bois moderne »

Emil Orlik, Japanische Pilger auf dem Weg zum Fujiyama

(Pèlerins japonais sur le chemin du Mont Fuji), estampe, 1901

British Museum

       Après environ dix mois, Orlik prend le chemin du retour. La dernière lettre qu’il envoie de Tokyo est datée du 22 février 1901. Il y indique que toutes les estampes sont terminées et qu’il embarque le lendemain pour l’Europe. Son dernier message du Japon, le 24 février 1901, est envoyé du port de Kobe. En avril, il retrouve Prague, enthousiasmé par le voyage qu’il vient d’accomplir. Son expérience nippone est présentée dans de nombreuses expositions : il se fait le propagateur de l’art japonais.

       A son retour, il écrit des essais et donne des conférences non seulement sur l’estampe, mais aussi sur l'art et la culture du Japon à Prague, Brno (Brünn), Vienne et Francfort, et ce jusqu'en 1931, un an avant son décès. Ses écrits, expositions et conférences, popularisent l’estampe et l’art japonais auprès des artistes du monde germanophone. Son influence est particulièrement nette dans le cercle des artistes de la Sécession viennoise où, après son voyage, Orlik est considéré comme le «Wanderapostel der moderne Holzschnitt » (« Prédicateur de la gravure sur bois moderne »).

 

       En-dehors de sa passion pour l’art japonais, Orlik est particulièrement apprécié, à cette époque, comme portraitiste, mais ses activités s’étendent aussi à différents domaines, comme la conception de décors de théâtre, la publicité, les ex-libris (cf. supra), les papiers peints, les tissus ou encore l’illustration de textes littéraires. Dans ce domaine, on peut citer la remarquable édition allemande des œuvres de Lafcadio Hearn [28].

       En 1912 a lieu son deuxième voyage au Japon, par l’Egypte et la Chine. On ne connaît qu’une seule une carte postale de Tokyo datant de ce second voyage. Déçu par la transformation en profondeur du Japon, Orlik n’y reste que peu de temps. Ce second contact direct avec l’archipel n’a pas eu d’influence sur son oeuvre. Il fait par ailleurs de nombreux séjours en Europe et aux Etats-Unis.

Conclusion

Fałat et Orlik,

de purs produits de l'empire multiethnique des Habsbourg

Emil Orlik, Intérieur avec deux femmes en costume traditionnel japonais derrière un écran (shōji 障子), eau-forte et aquatinte avec roulette, 1904

British Museum

       Parmi bien d’autres, Julian Fałat et Emil Orlik font partie de ces artistes européens qui ont été influencés par l’art japonais – les japonistes, pour faire bref. Ils ont eu la chance, l’un en 1885, l’autre en 1900-1901, de se rendre dans l’archipel, expérience qui les a marqués et inspirés pour le reste de leur carrière, et de leur vie.

       Au-delà de leurs origines, tous deux sont de purs produits de l’empire multiethnique des Habsbourg qui, à la fin du XIXème siècle, est en pleine ébullition intellectuelle et artistique, tant à Vienne, seule ville en Europe pouvant rivaliser comme capitale culturelle avec le Paris de la Belle Epoque, que dans les capitales provinciales, comme Prague ou Lemberg.

       Du reste, les artistes circulaient et exposaient dans différentes villes de l’empire, et même hors de ses frontières. Les liens avec les pays voisins, comme l’Empire allemand, mais aussi avec l’Europe de l’ouest, notamment la France, étaient alors très étroits, et c’est bien sûr de là que le japonisme part à la conquête de la Mitteleuropa. Toutefois, on remarquera que les artistes étudiés déclinent leur propre interprétation de ce courant, et l’adaptent au terroir qui est le leur. Mais de quel(s) terroir(s), et même de quel(s) pays parle-t-on ?

 

       Julian Fałat est aujourd’hui considéré comme un artiste national polonais. Il est vrai qu’il a appartenu au mouvement Młoda Polska (Jeune Pologne) [29], traversé par les courants néo-romantique, symboliste, impressionniste et Art nouveau, mais qui cherchait avant tout à affirmer un art national dans la perspective d’une renaissance de la Pologne. Parmi les peintres du mouvement, on trouve − faut-il s’en étonner ? − de nombreux japonistes, comme Józef Pankiewicz, Leon Wyczółkowski ou encore la franco-polonaise Olga Boznańska, la plupart originaires de Galicie, ou y ayant séjourné. On notera toutefois que Fałat ne fut citoyen polonais, stricto sensu, que dix ans de sa vie, de la recréation de l’Etat polonais en 1919 à sa mort en 1929.

       Pour Orlik, la question est plus complexe. Artiste prolifique s’étant essayé à toutes les techniques et ayant connu un certain succès de son vivant, il est tantôt présenté comme allemand, tantôt comme autrichien, et parfois comme tchèque (après son décès à Berlin en 1932, il fut enterré au Nový Židovský Hřbitov (nouveau cimetière juif) de Prague, Olšany [30]). Juif germanophone, il considérait la capitale du Royaume de Bohême comme sa petite patrie [31]. Voyageur infatigable, il est très représentatif d’un certain cosmopolitisme − dans le meilleur sens du terme − des années 1900, propre aux élites artistiques et intellectuelles européennes en général, et centre-européennes en particulier. Il était en effet, on l’a vu, ouvert sur le monde, au propre comme au figuré.

       Quoi qu’il en soit, ces deux grands artistes, méconnus en Europe occidentale et en Asie de l’est, sont, au-delà de leur œuvre, des exemples d’ouverture et de tolérance.

 Gilles MASTALSKI     

©2019 by Gilles Mastalski/Tokyo Time Table

Peinture murale représentant Julian Fałat à Toruń
Source : zBLOGowani

NOTES JULIAN FAŁAT

 

[1] Remarque de Cécile Sakai, directrice de l’Institut français de recherche sur le Japon de la Maison franco-japonaise, en introduction de la table ronde dont elle était modératrice.

[2] Dès le 31 octobre 1918, la Hongrie se sépare de l'Autriche, tandis que l’armistice entre l'Autriche-Hongrie, qui n’a plus réellement d'existence depuis quelques jours, et les puissances victorieuses de la Première Guerre mondiale est signé le 3 novembre 1918. Le compromis austro-hongrois, qui avait transformé l’Empire d’Autriche en double monarchie, remontait à 1867.

[3] Cela ne signifie pas qu’ils soient inconnus, même si leur notoriété se limite trop souvent à leur pays d’origine, en l'occurrence les Etats successeurs de l’empire des Habsbourg. Récemment, un regain d’intérêt pour le japonisme en Europe centrale a donné lieu à une série d’expositions et de publications. En Pologne, la (re)découverte de cette question a donné lieu à de remarquables expositions et publications qui ont révélé au public que les artistes nationaux, au tournant des XIXème et XXème siècles, ont pour la plupart succombé aux charmes des arts nippons. Voir bibliographie.

[4] Lwów en polonais, Lviv (Львів) en ukrainien et, en français, Léopol, nom inusité aujourd’hui (en 1776, la Gazette de Léopol, publiée dans la langue de Molière, est le premier journal de ce qui est aujourd’hui l’Ukraine). La Galicie (Königreich Galizien und Lodomerien - Królestwo Galicji i Lodomerii - Королівство Галичини і Лодомерії) a été une province autrichienne de 1772 à 1918.

[5] “Dla Japonii i Japończyków żywię uwielbienie wprost bezgraniczne”, in Fałat, Julian, Pamiętniki (Souvenirs), Varsovie, 1935, 2ème édition, Katowice, 1987.

[6] Młoda Polska (Jeune Pologne) est un mouvement artistique qui a regroupé, entre 1890 et 1918, des écrivains, des musiciens et des peintres polonais « modernistes », influencés par le néo-romantisme, le symbolisme, l'impressionnisme ou encore l'Art nouveau. Parmi les peintres « japonistes » du mouvement, en dehors de Julian Fałat, on peut citer notamment Teodor Axentowicz, Olga Boznańska, Józef Mehoffer, Józef Pankiewicz, Wojciech Weiss, Leon Wyczółkowski ou encore Stanisław Wyspiański. Pour Olga Boznańska, Wojciech Weiss, Leon Wyczółkowski et Stanisław Wyspiański. Cf. bibliographie.

Emil Orlik, Abend in Fukagawa (Le soir à Fukagawa), lithographie, 30,5 x 44,5 cm, 1902

NOTES EMIL ORLIK

 

[7] La Cisleithanie comprend, de 1867 à 1918, les territoires de l’actuelle Autriche (à l'exception du Burgenland), de la République tchèque, de la Pologne méridionale (Galicie occidentale), de l'Ukraine occidentale (Galicie orientale et Bucovine septentrionale), de la Slovénie, du Trentin-Haut-Adige et de la Vénétie julienne (partie orientale du Frioul-Vénétie julienne) en Italie, ainsi que de la Bucovine méridionale (Roumanie).

[8] Emil Orlik, “Aus meinem Leben”, in Kleine Aufsätze, Berlin, 1924, pp. 52-80.

[9] Partie de l’Empire des Habsbourg administrée par Budapest, de 1867 à 1918.

[10] Cf. Ahrens, Birgit, “Brückenschlag nach Japan”, in Peter Voss-Andreae (éd.), Wie Ein Traum!: Emil Orlik in Japan, Museum für Kunst und Gewerbe, Hamburg, 2012, p. 10.

[11] Adolf Fischer (1856-1914) est un collectionneur autrichien, fondateur, en 1909, du Museum für Ostasiatische Kunst (Musée de l’art de l'extrême orient) de Cologne.

[12] Il fait escale à Naples, Port-Saïd, Aden, Colombo, George Town (Penang) et Hong-Kong. La plupart des informations sur le voyage de Orlik au Japon proviennent des travaux de Setsuko Kuwabara (voir bibliographie). L’ouvrage récent sous la direction de Peter Voss-Andreae, Wie Ein Traum!: Emil Orlik in Japan, Museum für Kunst und Gewerbe, Hamburg, 2012, apporte quelques éléments complémentaires.

[13] L’Hôtel Metropole, qui appartient au Yokohama Club Hotel, ouvre ses portes en 1890, dans le quartier des étrangers de Tsukiji. En 1907, l’hôtel est racheté par son voisin, l’Imperial Hotel, qui l’utilise comme annexe jusqu’à sa fermeture en 1910.

[14] Christoph Otterbeck, Europa verlassen: Künstlerreisen am Beginn des 20. Jahrhunderts, Böhlau Verlag, Köln (Cologne), 2007.

[15] Kanō Tomonobu (狩野 友信- 1843-1912) est l’un des derniers peintres de l’école Kanō (狩野派, Kanō-ha).

[16] Ernest F. Fenollosa (1853-1908), est un spécialiste américain du Japon, conseiller étranger au Japon à l’époque Meiji et professeur à l'université impériale de Tokyo. Il a joué un rôle important, en relation avec Okakura Tenshin, pour préserver l'art japonais traditionnel.

[17] Okakura Tenshin (岡倉天心, 1862-1913), connu pour son fameux Livre du Thé (茶の本), publié après le séjour de Orlik au Japon, en 1906. Il a œuvré, avec Ernest F. Fenollosa, pour la préservation de la la peinture japonaise traditionnelle, alors que la peinture de style occidental semblait prendre le dessus. D’une manière générale, tous deux étaient soucieux de défendre la culture japonaise traditionnelle contre l’occidentalisation ambiante, une position que Orlik approuvait. 

[18] Kanda Naibu (神田乃武, 1860-1923), professeur de littérature à l’université de Tokyo, spécialiste du domaine anglais.

[19] Sigisbert Chrétien Bosch Reitz, ou Gijs Bosch Reitz (1860-1938), est un peintre néerlandais lié à l'impressionnisme et au symbolisme, auteur également d’œuvres japonistes.

Gijs Bosch Reitz, Cascadecraie sur papier, 56 x 23 cm,

Provenance : famille de l’artiste, Pays-Bas

Source : Studio 2000

Sigisbert Chrétien Bosch Reitz

(Gijs Bosch Reitz), vers 1900

Source : Metropolitan Museum of Art

[20] « weil sie bei der größtmöglichen Einfachheit des Prinzips mit einer solchen Unmenge von Kniffen und Praktiken ausgestattet » (trad. G. Mastalski).

[21] Koshiba Ei (1858-1936) est l’un des pionniers de la lithographie au Japon, à la tête d’un atelier prospère dans les années 10 de l’ère Meiji, que fréquenta Orlik.

[22] Sur la revue Myōjō, cf. Yamada Toyoko (山田登世子), « Furansu kabure » no tanjō — Myōjō no jidai「フランスかぶれ」の誕生。「明星」の時代 (Naissance de la « fièvre francophile ». L’époque de Myōjō, 1900-1927), Tokyo, Fujiwara shoten 藤原書店, 2015, 271 p.

[23] La Pan no Kai regroupe des écrivains, des artistes et des acteurs à Tokyo de 1908 à 1912. Son fondateur, Kinoshita Mokutarō (木下 杢太郎, 1885–1945), est médecin, mais aussi poète, dramaturge, et éditeur de plusieurs revues, dont Subaru. Admirateur de la culture européenne, il donne son nom à la Pan no Kaid’après la revue Panco-fondée par Julius Meier-Graefe (1867-1935) et publiée à Berlin de 1895 à 1915. Parmi les membres fondateurs, on compte Nagata Hideo (長田 秀雄, 1885-1949), Tanizaki Jun'ichirō (谷崎 潤一郎, 1886-1965), Nagai Kafū (永井 壮吉, 1879-1959), les peintres Ishii Hakutei (石井柏亭, 1882-1958), Yamamoto Kanae (山本 鼎, 1882-1946), ainsi que le sculpteur et poète Takamura Kōtarō (高村 光太郎, 1883-1956).

[24] Cf. « Hakuba-Kai », in Dictionnaire historique du Japon, 1981, pp. 27-28.

[25] Sur Fischer, voir la note 11.

[26] La revue Hōsun (方寸) est publiée de 1907 à 1911. On retrouve comme collaborateurs de cette revue Yamamoto Kanae (山本 鼎, 1882-1946), Ishii Hakutei (石井柏亭, 1882-1958), Morita Tsunetomo (森田恒友, 1881-1933), Kosugi Misei (小杉未醒, 1881-1964) et Oda Kazuma (織田一麿, 1882-1959) lui-même.

[27] Orlik rencontre Lafcadio Hearn au Japon. Hearn est devenu citoyen japonais sous le nom de Koizumi Yakumo (小泉八雲). Il a enseigné dans de nombreuses universités sur le Japon et sa culture. Ses livres, alors très en vogue en Angleterre et aux États-Unis, ont contribué à faire connaître la culture japonaise en Occident

Lafcadio Hearn (1850-1904), Kokoro,

préface Hugo von Hofmannsthal

Francfort, 1907

Edition française :

Kokoro, au coeur de la vie japonaise,

trad. de l'anglais par Mme Léon Raynal, Ed. Dujarric, vers 1906

[27] Sur le mouvement Jeune Pologne, voir la note 6.

[28] Cf. la dernière étude sur l’artiste, par Markéta Hánová, grande spécialiste du japonisme dans les pays tchèques (cf. note 4) : Hánová, Markéta, “Emil Orlik: From Japan”, in Journal of Japonisme, 3, 2018, pp.84-105.

[29] ​Cf. Matthias, Agnes, “‘Da die heimatlichen Steine trotz alledem lauter sprechen’ – Aspekte von Nähe und Ferne im frühwerk Emil Orliks”, in Habánová, Anna, Habán, Ivo (éd.), Ztracená generace? Eine verlorene Generation? Německočeští výtvarní umělci 1. poloviny 20. století mezi Prahou, Vídní, Mnichovem a Drážďany. Deutschböhmische bildende Künstler in der ersten Hälfte des 20. Jahrhunderts zwischen Prag, Wien, München, Technická Univerzita v Liberci, Liberec, 2013.

Emil Orlik, Nihon-bashi, Tokyo (détail)

lithographie, 27x21 cm, 1901

BIBLIOGRAPHIE JULIAN FAŁAT

 

       Récemment, un regain d’intérêt pour le japonisme en Europe centrale a donné lieu à une série d’expositions et de publications, en Pologne notamment, où la (re)découverte de cette question a révélé au public que les artistes nationaux, au tournant des XIXème et XXème siècles, ont pour la plupart succombé aux charmes des arts nippons.

 

       Synthèse récente, l’ouvrage à consulter en premier lieu est celui de Łukasz Kossowski et Małgorzata Martini, Wielka fala. Inspiracje sztuką Japonii w polskim malarstwie i grafice, Varsovie-Toruń, 2016.

       On complétera toutefois utilement par une biographie récente de Fałat et par les catalogues de plusieurs expositions qui ont eu lieu au Musée Manggha de Cracovie :

– Dudek Bujarek, Teresa, Julian Fałat – życiorys pędzlem zapisany / Julian Fałat – A Life Story Told in Brushstrokes, Bielsko-Biała, Muzeum historiczne w Bielsku-Białej, 2017. 

– Dziechciaruk-Maj, Bogna (éd.), Manggha Boznańskiej, Inspiracje sztuką Japonii w malarstwie Olgi Boznańskiej/Boznańska & Manggha, Japanese Art Inspirations in Olga Boznańska’s Painting, Cracovie, Centrum Sztuki i Techniki Japońskiej Manggha, 2006.

– Dziechciaruk-Maj, Bogna (éd.), Widok z okna pracowni artysty na Kopiec Kościuszki, Inspiracje sztuką Japonii w twórczości Stanisława Wyspiańskiego/View of Kościuszko Mound from the Artist’s Study Window,Japanese Art Inspirations in the Work ofStanisław Wyspiański, Cracovie, Muzeum Sztuki i Techniki Japońskiej Manggha, 2007.

– Martini, Małgorzata (éd.), Ten krakowski Japończyk… Inspiracje sztuką Japonii w twórczości Wojciecha Weissa/That Krakow Japonist, Japanese Art Inspirations in the Work of Wojciech Weiss, Cracovie, Muzeum Sztuki i Techniki Japońskiej Manggha, 2008.

– Król, Anna, Podróż do Japonii, Inspiracje sztuką Japonii w twórczości Juliana Fałata/A Journey to Japan, Japanese Art Inspirations in the Work of Julian Falat, On the 80th anniversary of the Artist’s death, Cracovie, Muzeum Sztuki i Techniki Japońskiej Manggha, 2009 ; 

– Martwa natura z japońską laleczką/Still Life with a Japanese Doll, Cracovie, Muzeum Sztuki i Techniki Japońskiej Manggha, 2010 ;

– Japonizm polski-Polish Japanism, Cracovie, Muzeum Sztuki i Techniki Japońskiej Manggha, 2011 ;

– Wyczół w Japonii, Inspiracje japońskie w twórczości Leona Wyczółkowskiego/Wyczół in Japan, Japanese Inspirations in the Work of Leon Wyczółkowski, Cracovie, Muzeum Sztuki i Techniki Japońskiej Manggha, 2012.

 

       Pour la Tchéquie, citons notamment l’exposition Japonismus v českém umění (le japonisme dans l’art tchèque), conçue par Markéta Hánová, qui a eu lieu à Prague du 16 mai au 7 septembre 2014. Sa monographie Japonismus v českém umění-Japonisme in Czech art/チェコにおけるジヤポニズム展, publiée à Prague la même année donne un bel aperçu sur le sujet. La même auteure avait publié quatre ans auparavant Japonisme in the fine arts of the Czech lands, Prague, National Gallery, 2010.

       Il est à noter, enfin, que les japonistes hongrois, non évoqués dans notre conférence, ont été également à l’honneur à Budapest du 16 décembre 2016 au 15 mars 2017, grâce à l’exposition Gésák a Duna-parton (Geishas le long du Danube) au Várkert Bazár. Un ouvrage a été édité pour accompagner l’exposition : Gellér, Katalin et Dénes, Mirjam, Japonizmus a magyar művészetben/Japonisme in Hungarian Art, Budapest, Kovács Gábor Művészeti Alapítvány, 2016. 

Emil Orlik, Eine Strasse in Tokio (Une rue à Tokyo), lithographie, 17 x 32,2 cm, 1901

BIBLIOGRAPHIE EMIL ORLIK

       De l’artiste lui-même :

– Orlik, Emil, “Aus meinem Leben“, in Kleine Aufsätze, Berlin, 1924.

– Orlik, Emil, “Anmerkungen über den Farbholzschnitt in Japan (1900)”, in Die Graphischen Künste, Jg. XXV, Vienne, 1902, p. 31-34.
 

       Sur Orlik au Japon, les travaux de référence sont ceux de Setsuko Kuwabara :

– Emil Orlik und Japan, Frankfurt/Main: Haag + Herchen 1987 (Heidelberger Schriften zur Ostasienkunde, Bd. 8) ; “Emil Orlik” pp. 93-97.

– Walravens, Hartmut, Du verstehst unsere Herzen gut: Fritz Rumpf (1988-1949) im Spannungsfeld der deutsch-japanischen Beziehungen, Weinheim, VCH Verlagsgesellschaft, 1989.
– “Emil Orlik - ein österreichischer Künstler in Japan”/“Emil Orlik an Austrian artist in Japan”, pp. 77-93  in Verborgene Impressionen/Hidden Impressions, Japonismus in Wien - Japonisme in Vienna (4.4.-4.6. 1990), Katalog und Ausstellung/Catalogue and exhibition, Peter Pantzer, Johannes Wieninger, Österreichisches Museum für angewandte Kunst, Vienne, 1990.

Voir aussi :

– Heidegger, Almut, Emil Orlik (1870-1932), Das Holzschnitzwerk, Magisterarbeit (Maschinenschrift), Freiburg, 1982.
– Otto, Eugen éd., Emil Orlik, Leben und Werk 1870-1932 - Prag, Wien, Berlin, Wien, München, Ch. Brandstätter, 1997.

– Rychlik, Otmar, Emil Orlik, Prag, Wien, Berlin, Ausstellung im Jüdischen Museum, Vienne, 1997.

– Scheffer, Heinrich R., Die Exlibris des Emil Orlik, Wiesbaden, Verlag Claus Wittal, 1992.

– Schremmer, Ernst (éd.), Emil Orlik, Ein Lebenswerk zwischen Prag und Berlin. Zeichnungen, Graphik, Plakate, Buchkunst, Ausstellung Künstlergilde Esslingen, 1986. 
– Peter Voss-Andreae (éd.), Wie Ein Traum!: Emil Orlik in Japan, Museum für Kunst und Gewerbe, Hamburg, 2012.

Emil Orlik, Nihon-bashi, Tokyo (détail)

lithographie, 27x21 cm, 1901

REMERCIEMENTS

– Cécile Sakai pour avoir soutenu ce projet. 

– Jürgen Draschan (Université Sophia et LFI Tokyo) pour son aide précieuse, tant pour les aspects linguistiques que sur le fond.

– Le Musée historique de Bielsko-Biała (Muzeum Historyczne w Bielsku-Białej) et plus particulièrement son conservateur, M. Grzegorz Madej, de même que Mme Ewa Kubieniec, en charge du Muzeum Historyczne w Bielsku-Białej – Fałatówka w Bystrej, pour leur accueil chaleureux, et pour avoir facilité mes recherches.

– Le LFI Tokyo, en la personne de son Proviseur, M. Philippe Exelmans, qui a favorisé dès le début cette initiative, M. Alexandre Dubos, responsable de la communication, M. Florian Ruiz, référent culture, et M. Didier Dabrowski pour l'aide qu'ils m'ont tous apportée. Une mention spéciale, enfin, pour mes collègues Mmes Isabelle Derriennic et Viviane Le Berre, ainsi que M. Matthieu Séguéla, tous trois impliqués de manière enthousiaste dans l'étude du japonisme.

Ce texte fait partie du

DOSSIER JAPONISMES

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